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L’avion est-il vraiment plus polluant que la voiture en termes d’émissions de CO2 ?

L’avion est-il vraiment plus polluant que la voiture en termes d’émissions de CO2 ?

By on Fév 12, 2021

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Le kérosène, principal carburant utilisé dans le secteur de l’aéronautique, est aujourd’hui au cœur du débat. Certains, en plus de lui associer l’image de grand pollueur, lui reprochent d’être exempté de taxes contrairement aux carburants routiers.

En termes d’émissions de CO2, il n’est plus très rare d’entendre que l’avion est le moyen de transport le plus polluant. Cette affirmation biaisée, dépendante de beaucoup de facteurs, est souvent justifiée par des hypothèses irréalistes. Récemment, on a vu apparaitre un nouveau critère pour comparer l’impact des différents modes de transport en termes d’émission de CO2 : la pollution engendrée par heure de trajet.

Source : Article de Slate « Prendre l’avion pollue encore plus qu’on ne l’imagine » http://www.slate.fr/story/177042/impact-transport-aerien-rechauffement-climatique-pollution-avion

Evidemment, ce mode de calcul est en défaveur de l’avion car celui-ci se déplace beaucoup plus rapidement que les autres modes de transport. De fait, il parcourt une distance plus importante dans un temps donné, ce qui multiplie son bilan d’émission par kilomètre et a donc tendance à donner un résultat impressionnant, au service des personnes anti-avion. Mais ce type de raisonnement a bien sûr des limites. Par exemple le bateau (transport de passagers, croisières), sur la base du temps de trajet, sera considéré comme un moyen de transport écologique du fait de sa vitesse de déplacement réduite et de la faible distance parcourue en une heure.

Pour faire simplement un calcul d’émissions dans le but de comparer deux moyens de transport sur un trajet donné, il faut prendre en compte :

  • La distance du trajet (plus court pour l’avion qui n’est pas tributaire d’infrastructures)
  • La quantité globale de carburant consommée (ou de CO2 émis, proportionnel)
  • Le taux de remplissage du véhicule en question

Grâce aux données de consommation de l’avion obtenues auprès d’un personnel naviguant dans une compagnie aérienne, le calcul ne sera pas biaisé. L’idée sera ici de comparer deux trajets, effectués en voiture ou en avion et de déterminer suivant les conditions lequel de ces deux moyens de transport est le plus émetteur de CO2.

Les vols considérés sont effectués en Boeing 737-800, best-seller de Boeing dans la catégorie des monocouloirs.

Exemple 1

Considérons un vol commercial entre Bruxelles et Séville. Nous allons comparer les bilans de ce voyage, effectué soit en avion, soit en voiture. Les chiffres de consommation de l’avion sont tirés des fiches report remplies scrupuleusement par les pilotes dans le cadre de chaque vol. Ces chiffres ne sont donc en aucun cas faussés ou optimisés.

Dans cette étude, les chiffres seront naturellement en faveur de la voiture car l’hypothèse d’une conduite parfaitement fluide et économique, sur un trajet sans bouchons et sans utilisation de l’air conditionné, est retenue. Un paragraphe de fin sera toutefois consacré à des calculs prenant en compte les conditions réelles d’utilisation de la voiture. Les calculs d’émissions de l’avion comprennent la totalité des opérations sur la durée de vie du carburant (de l’extraction à la combustion).

Source : Page Wikipedia consacrée au Kérosène : Rubrique « Impact environnemental », sous-rubrique « Effet de serre » https://fr.wikipedia.org/wiki/K%C3%A9ros%C3%A8ne#Impact_environnemental

Bruxelles – Séville en Boeing 737 :

  • Quantité de kérosène consommée : 6190 kg à 7737,5 litres (la masse volumique du kérosène est de 0,8 kg/L à 6190/0,8 = 7737,5)
  • Nombre de passagers sur le vol en question : 181

Bruxelles – Séville en voiture :

  • Nombre de passagers : 1-2-3-4 (suivant les hypothèses posées ensuite)
  • Distance route : 2041 km

Pour le trajet Bruxelles – Séville, l’avion a consommé 7737,5 litres de carburant. Rappelons que la combustion d’un litre de kérosène émet 3,04 kg de CO2 au total (de l’extraction à la combustion). [2]

Quantité totale = 7737,5 x 3,04 = 23 522 kg de CO2, ou 23 522 000 grammes de C02.

Ce qui donne : 23 522 000/181 = 129 956 grammes par passager.

Pour ce vol, chaque passager aura émis environ 130 kg de CO2 en prenant l’avion. Nous allons confronter ce résultat à ceux induits par l’utilisation de la voiture sur ce trajet.

Pour quantifier les émissions de CO2 d’une automobile :

En moyenne, les voitures neuves vendues en France en 2019 émettent 112 grammes de CO2 par km.

Source : Données issues de la figure « Evolution du taux moyen d’émissions de CO2 en France – Véhicules particuliers neufs vendus en France » https://carlabelling.ademe.fr/chiffrescles/r/evolutionTauxCo2

Pour parcourir les 2041 km (itinéraire le plus rapide Google Maps) du trajet, sous réserve que les conditions soient optimales, la voiture va émettre :

112 x 2041 = 228 592 grammes de CO2

  • 1 passager à bord (conducteur) : 228 592 grammes de CO2 (en avion 129 956 grammes)
  • 2 passagers à bord : 228 592/2 = 114 296 grammes de CO2 par passagers
  • 3 passagers à bord : 228 592/3 = 76 197 grammes de CO2 par passagers

En considérant un trajet optimal en voiture moyenne récente (sans pauses, arrêts, embouteillages, utilisation de l’air conditionné), celui-ci sera plus viable que l’avion pour 2 personnes à bord de l’automobile ou plus.

Pour les consommations et émissions, nous allons nous baser sur les chiffres théoriques constructeur que nous allons « majorer » en fonction de l’utilisation de la climatisation et des potentiels embouteillages.

Basés sur le rapport de l’ADEME, nous allons considérer un trajet sur l’autoroute.

Source : Données issues de la brochure « Consommations de carburant et émissions de CO2 des véhicules particuliers neufs vendus en France » https://www.ademe.fr/evolution-marche-caracteristiques-environnementales-techniques-vehicules-particuliers-neufs-vendus-france

  • Climatisation : surconsommation de 6%
  • Embouteillage : consommation multipliée par 2 dans le pire des cas
  • Conduite agressive/mal adaptée : augmentation de 20-30% de la consommation

Pour une voiture avec une consommation de 6 litres aux 100 km annoncée, on peut estimer la surconsommation due à une conduite inadaptée et aux aléas du trajet.

  • Utilisation de la climatisation : augmentation de 6% de la consommation soit 6 x 0,06 = 0,36 L/100 km supplémentaire
  • Portions d’embouteillages : augmentation significative de la consommation sur quelques kilomètres
  • Conduite agressive : augmentation de 20% de la consommation soit 1,2 L/100 km supplémentaire

Ces différents facteurs nous amènent à une nouvelle consommation de minimum 7,56 L/100 km (les potentiels effets des embouteillages ne sont pas comptabilisés).

Les différents facteurs énoncés ci-dessus vont impliquer une surconsommation globale de 20% environ, donc une augmentation des émissions de CO2 de l’ordre de 20% également.

Grâce aux données précédentes, nous pouvons déduire que la quantité totale de CO2 engendrée par l’utilisation de la voiture sur ce trajet sera de 274 310 grammes. (Initialement 228 592 grammes de CO2 sur le trajet en prenant en compte un facteur d’émission de 112 g/km).

Augmentation de 20% à 228 592 x 1,2 = 274 310 grammes de CO2

  • 1 passager à bord (conducteur) : 274 310 grammes de CO2 (en avion 129 956 grammes)
  • 2 passagers à bord : 274 310 /2 = 137 155 grammes de CO2 par passager
  • 3 passagers à bord : 274 310 /3 = 91 437 grammes de CO2 par passager

Face à la prise en compte de ces nouvelles hypothèses, le nombre de passagers devra être de trois ou plus dans la voiture pour que le trajet se révèle plus vertueux qu’en avion en termes d’émissions de CO2.

Exemple 2

Considérons un vol commercial entre Bruxelles et Porto. Nous allons comparer les bilans de ce voyage, d’abord effectué en avion, puis en voiture.

Bruxelles – Porto en Boeing 737 :

  • Durée du vol : 2h01
  • Quantité consommée : 4940 kg à 6175 litres
  • Nombre de passagers : 184

Bruxelles – Porto en voiture :

  • Nombre de passagers : 1-2-3-4
  • Distance route : 1867 km
  • Temps : 18h31 min

Pour ce vol, l’avion a consommé 6175 litres de carburant. Rappelons que la combustion d’un litre de kérosène émet 3,04 kg de CO2 au total.

Quantité totale = 6175 x 3,04 = 18 722 kg de CO2, ou 18 722 000 grammes de C02.

Ce qui donne, par passagers : 18 722 000/184 = 101 750 grammes par passager.

Pour parcourir les 1867 km (itinéraire le plus rapide Google Maps) du trajet, sous réserve que les conditions soient optimales, la voiture va émettre :

112 x 1867 = 209 104 grammes de CO2

  • 1 passager à bord (conducteur) : 209 104 grammes de CO2 (en avion 101 750 grammes)
  • 2 passagers à bord : 209 104/2 = 104 552 grammes de CO2 par passager
  • 3 passagers à bord : 209 104/3 = 69 701 grammes de CO2 par passager

Dans les conditions impliquant une augmentation de 20% des émissions :

209 104 x 1,2 = 250 925 grammes de CO2 pour le trajet

  • 1 passager à bord (conducteur) : 250 925 grammes de CO2 (en avion 101 750 grammes)
  • 2 passagers à bord : 250 925/2 = 125 462 grammes de CO2 par passager
  • 3 passagers à bord : 250 925/3 = 83 642 grammes de CO2 par passager

Bilan

On remarque que suivant les conditions dans lesquelles un trajet est effectué, l’impact en termes d’émission de CO2 varie fortement. Dans la plupart des cas, l’avion est moins polluant (CO2) que la voiture sur les trajets moyen-courriers, sachant que l’on admet que le taux de remplissage moyen d’une automobile sur un long trajet en France est de 2 passagers par véhicule environ. Il ressort également que les chiffres d’émissions par kilomètre évoqués par les ONG et personnalités qui dénoncent le secteur de l’aviation sont souvent fortement majorés.

L’exemple 1 nous montre que chaque passager utilisant l’avion va émettre seulement 68 grammes de CO2/km, ce qui est relativement faible, en considérant que le vol couvre une distance de 1900 km (contre 2041 km par la route). 129 956/1900 = 68,4 grammes de CO2 par km

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